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INTERVIEW


Patrick-René VITALIS
Directeur Qualité (69)


« A l’aune de mes expériences passées et actuelles, je détiens l’ensemble
   des qualités intrinsèques à un directeur général d’entreprise  »

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Garant de la qualité des produits, de l’hygiène, de la sécurité et de l’environnement dans le secteur agroalimentaire, Patrick-René VITALIS en a fait depuis longtemps son cheval de bataille. Grand expert en la matière, il effectue des audits et l’idée d’occuper un poste de directeur général dans l’agroalimentaire le séduirait.

Expliquez-nous en quoi consistent vos interventions pour assurer la qualité des produits ?
En préambule, il convient de préciser que la qualité en général, et plus particulièrement celle d’un produit quel qu’il soit et donc
pas forcément issu que du seul secteur de l’agroalimentaire, ne se décrète pas ex abrupto mais qu’elle se définit plutôt au travers
d’un cadre très précis, qu’elle s’apprécie et se maîtrise.
A mon sens, la première qualité d’un produit agroalimentaire (matière première, produit fini…) est sans conteste la qualité sanitaire
de ce dernier en dépit même des contingences marketing. En effet, la garantie de la santé de l’être humain et/ou de l’animal susceptible d’ingérer la denrée devra être recherchée à tout prix. Régulièrement des firmes agroalimentaires de renommée mondiale sont mises à mal par les médias mettant en avant des procédures de rappel de produits suite à un problème sanitaire détecté. Souvenons-nous de la chute de l’action et du chiffre d’affaire de la chaîne Buffalo grill impliquée dans une sombre affaire de viande ESB belge.
Mon action ou plutôt mes actions consistent à mettre en place une démarche qualité issue de divers référentiels internationaux existants (IFS, HACCP, ISO…) avec une maîtrise des risques à tous les niveaux. La mise en place d’un plan de maîtrise sanitaire est une évidence.
La qualité c’est bien sûr le savoir-faire des acteurs de l’entreprise mais aussi le faire-savoir, en clair, il convient de communiquer à ses clients ainsi qu’aux futurs, sur les outils qualité mis en place au sein de l’entreprise et sur les certifications éventuellement obtenues.

Votre métier implique que vous soyez en permanence au courant des nouvelles normes, réglementations et technologies. Est-ce complexe ?
Il est clair, que les normes s’appliquent à elles-mêmes le principe de l’amélioration continue de manière à tendre en permanence vers l’excellence. Les normes sont révisées obligatoirement tous les deux ans. Les réglementations nationales, européennes et internationales évoluent elles aussi. Une veille réglementaire à laquelle je m’astreins est donc indispensable à partir de revues et de publications spécialisées mais aussi de réseaux sociaux sur Internet.

En quoi ce métier d’auditeur qualité vous passionne-t-il ? Et pourquoi avoir choisi le secteur agroalimentaire ?
Le choix de l’audit s’est fait par hasard, c’est la difficulté à retrouver un emploi en direction de centres de profit du secteur agroalimentaire dans une région ciblée qui m’a conduit vers ce métier plus qu’intéressant.
Il m’a permis de découvrir ou de redécouvrir de nombreux domaines spécifiques de l’agroalimentaire : auditer une cuisine centrale, un restaurant commercial, un atelier de mareyage, une conserverie, une société d’embouteillage d’eau minérale, une entreprise de biscuits à base de miel, une entreprise de négoce… A chaque fois ce fut une nouvelle expérience enrichissante.
Les audits approfondis de l’ensemble de ces structures aussi diverses que variées m’ont permis de me forger une très forte expérience multidomaine et de fourbir mes armes en matière d’audit au fil des années. J’ai par ailleurs été amené à réaliser des missions de conseil auprès du Ministre de la santé en Polynésie française s’agissant des importations de denrées alimentaires et j’ai dû réaliser des conférences sur ce même sujet auprès de l’Université du Pacifique.
Quant au choix de l’agroalimentaire, il remonte à mon enfance, une attirance qui a orienté ma scolarité vers l’Ecole nationale supérieure d’agronomie et des industries de l’agroalimentaire (ENSAIA) de Vandoeuvre lès Nancy où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur qualité diplômé par l’Etat à l’unanimité du jury.

Est-ce que la demande émane des entreprises ou devez-vous les sensibiliser ?
L’ensemble des entreprises du secteur agroalimentaire sont toutes forcément très sensibilisées sur la qualité s’agissant d’une obligation réglementaire de résultats. Elles sont par ailleurs soumises à des contrôles réguliers par des organismes vérificateurs officiels. En fonction des entreprises du secteur et surtout de la sensibilité du dirigeant, l’approche et voire l’importance de la mise en place « d’outils qualité » peuvent varier de manière très significative. Il convient alors de rapprocher le coût de l’obtention de la qualité (C.O.Q.) au coût nettement plus important de la non qualité sans évoquer les risques encourus.

Comment concrètement pratiquez-vous sur le terrain ? Quelles sont les différentes étapes ?
Les techniques d’audit s’adaptent en fonction du mandat du client et donc de l’entreprise. Généralement, nous débutons par une réunion d’information menée par le directeur de l’établissement qui fait montre de son engagement qualité et qui en profite pour présenter l’auditeur et sa mission aux principaux cadres de l’entreprise.
Avant une visite sur site, l’aspect documentaire des outils qualité (instructions, procédures, formulaires d’enregistrement, tableaux de bord, process, indicateurs…) est analysé. Les comptes-rendus des audits précédents sont aussi révisés et les actions correctives et mesures préventives éventuellement préconisées sont passées en revue. Les procès-verbaux des organismes de contrôle officiel sont aussi étudiés et analysés.
La visite sur site est ensuite effectuée avec prise de photos.
Les process sont analysés sur place ainsi que les indicateurs associés.
Une réunion de clôture est enfin organisée visant à faire un point de situation et éventuellement préconiser une action urgente en cas
de risque majeur découvert. Le compte-rendu définitif est expédié par courrier.

Quelle est en moyenne la durée de vos missions ? Devez-vous adapter votre schéma d’intervention selon l’activité
et la taille de l’entreprise ?

Cette durée est très variable en fonction du fait qu’il s’agisse de réaliser des audits structurels et fonctionnels de l’entreprise et/ou de réaliser des actions de formation des personnels. Certains établissements peuvent également souhaiter un suivi annuel de leur plan de maîtrise sanitaire sous formes de visites périodiques. La moyenne d’une durée d’intervention pourrait être fixée à une semaine.

Votre rôle influe-t-il sur le fonctionnement de l’entreprise ? Comment sensibilisez-vous les équipes à l’adoption de nouvelles pratiques ?
Il est clair que les actions que je mène et les préconisations (car l’auditeur n’est pas décideur et ne peut  se substituer au chef d’entreprise) que je fais, influent sur le fonctionnement de l’entreprise. Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le
savoir, les personnels (cadres, techniciens…) constatent très souvent par eux-mêmes certains dysfonctionnements, connaissent les pistes d’amélioration dans leurs grandes lignes, il suffit parfois simplement de les orienter, de les encourager vers l’adoption de ces nouvelles pratiques qu’ils présupposaient et qui vont dans le sens de l’amélioration. Ils ont donc le sentiment que cette modification vient d’eux-mêmes et auront d’autant plus de grâce à la mettre en œuvre. En clair, un auditeur chevronné doit faire preuve de tact
et de psychologie.

Vous intervenez en mission mais devenir DG d’une PME/PMI dans l’agroalimentaire vous séduirait. Comment concilier vos compétences d’auditeur qualité avec celles de dirigeant ?
La qualité touche l’ensemble des secteurs de l’entreprise, du management aux fonctions : choix des fournisseurs, achat, facturation, commercialisation, transformation, stockage, allotissement, distribution, réclamation… ainsi que des différentes transversalités entre
les fonctions. Pour avoir audité toutes ces dernières, je les connais toutes très bien.
J’ai exercé par ailleurs, pendant dix années (de 1993 à 2003) les fonctions de responsable de centres de profit (ou équivalent) tant
en France qu’outre-mer employant plus d’une centaine d’employés et traitant des volumes d’affaires de plusieurs millions d’euros.
D’autre part, directeur qualité d’un groupe agroalimentaire important en Polynésie française (SHRT) réalisant des activités de négoce et de stockage de produits agroalimentaire, des activités de restauration collective à caractère social et une grosse activité de catering aérien, j’ai été amené à secondé le PDG à diverses reprises.
En conclusion, il est clair que les compétences de dirigeant sont à la fois spécifiques et généralistes. Le facteur humain de l’entreprise est certainement le plus difficile à  appréhender. A l’aune de mes expériences passées et de mes compétences actuelles, je reste persuadé de détenir l’ensemble des qualités intrinsèques à un directeur général d’entreprise.

Souhaitez-vous poursuivre dans votre région – l’Auvergne – ou êtes-vous prêt à vous délocaliser ?
« C’est là que le bât blesse !! ». Vous aurez dénoté au travers de cette interview qu’au cours de ma relativement longue carrière,
j’ai tout de même bien bougé égrainant ça et là des amitiés et des relations  tant en France métropolitaine (6 affectations) qu’outre-mer (Guyane française et Polynésie) et qu’à l’étranger (Tchad et Centrafrique). J’ai eu diverses propositions très intéressantes pour l’étranger que j’ai dû hélas décliner.
En effet, mon épouse ne souhaite plus déménager et mes recherches ne se circonscrivent plus désormais que dans cette fort belle région qu’est l’Auvergne.


Propos recueillis par Martine Triquet

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